Une quarantaine de cadres issus des ministères, de la société civile, du secteur privé ainsi que des partenaires techniques et financiers, dont la MINUSCA et le PNUD, ont validé la Stratégie nationale de réadaptation et de réinsertion sociale des personnes détenues pour la période 2027-2032. Élaboré à travers un processus participatif, ce document vise à faire de la réinsertion des personnes détenues une responsabilité collective afin de prévenir la récidive et de renforcer la cohésion sociale.
Après deux jours de travaux de réflexion et d’amendement, ce document validé, le 16 octobre 2026, vise entre autres : la réduction durable de la récidive, le développement de la formation professionnelle et de l’employabilité, le renforcement de l’accompagnement psychosocial, l’amélioration du suivi post-carcéral, la mobilisation des collectivités territoriales et des communes.
La réadaptation et la réinsertion sociale des personnes détenues constituent aujourd’hui un enjeu majeur de sécurité publique, de cohésion sociale et de développement humain en République centrafricaine.
Le document dote la République centrafricaine d’un cadre national intégré, multisectoriel, budgétisé et mesurable, plaçant la réinsertion au cœur de la politique pénitentiaire et des politiques publiques de développement humain. Il permet d’accompagner les personnes détenues et ex-détenues vers une réintégration sociale, familiale et économique durable, tout en contribuant à la prévention de la récidive et à la réduction progressive de la surpopulation carcérale.
« Comme on a l'habitude de le réitérer, les compatriotes qui sont en prison, sont des fils de la République. Il faudrait qu'on leur donne la seconde chance. Être en prison, c'est la privation de la liberté. Nous faisons un travail sous l'autorité du chef de l'État pour identifier nos compatriotes qui n'ont pas de métier et qui ont des soucis perceptibles afin de les encadrer pour préparer leur retour dans la société », explique Arnaud Djoubaye Abazène, ministre d’État en charge de la Justice.
Une vision fondée sur la seconde chance
Dans ce document, l’on souligne que la sécurité publique ne se construit pas uniquement par l’incarcération, mais également par la capacité de la société à préparer le retour des personnes détenues à une vie responsable, productive et respectueuse de la loi. Aussi, la peine conserve sa fonction de sanction. Toutefois, pour être durablement efficace, elle doit également permettre la réadaptation de la personne détenue, le développement de ses compétences, la restauration de ses liens sociaux et familiaux, ainsi que la préparation de sa réinsertion.
L’approche retenue repose ainsi sur trois fonctions complémentaires de la peine : punir, corriger et réadapter afin d’offrir une seconde chance pour permettre une réintégration constructive dans la société. « La mission de l'administration pénitentiaire ne saurait donc se limiter à la garde et à la surveillance des détenus. Elle doit également contribuer à leur réadaptation, au développement de loyauté, à la restauration de leurs liens sociaux et à la réinsertion dans la communauté », souligne le ministre Abazène.
La réinsertion ne commence pas le jour de la libération. Pour les autorités centrafricaines, ce processus ne constitue pas une responsabilité exclusive de l'administration pénitentiaire. Elle exige une approche holistique fondée sur la complémentarité des interventions et la coordination des différents acteurs concernés, à savoir le ministère de la Justice, les services sociaux, les services de santé, les organisations de la société civile, la famille et les partenaires techniques et financiers.
Tous les acteurs sont donc invités à promouvoir une approche fondée sur le partage des responsabilités et à renforcer les actions de sensibilisation visant à lutter contre la stigmatisation des ex-détenus. Ils sont également appelés à mobiliser les communautés, les organisations de la société civile, les leaders locaux et le secteur privé afin de favoriser l’insertion sociale et économique durable de ces derniers.
La MINUSCA apprécie cette volonté commune de faire de cette question une priorité nationale. Frank Dalton, chef de Section des Affaires judiciaires et pénitentiaires de la MINUSCA souligne que : « La MINUSCA demeure convaincue que la réussite de cette stratégie reposera sur l'engagement continu de tous les acteurs concernés, la mobilisation des ressources nécessaires et la mise en œuvre effective des recommandations formulées ».
La Mission réaffirme sa disponibilité à poursuivre son accompagnement aux côtés des autorités centrafricaines dans les efforts visant à renforcer l'état de droit et à promouvoir une justice plus efficace, plus humaine et plus accessible à tous.
Notons qu’une première Stratégie nationale de réadaptation sociale des personnes détenues a été élaborée en 2017 avec l’appui de la MINUSCA et adoptée en 2019.




